Production de contenus : la grande oubliée des projets web des petites collectivités

Les cas sont désormais fréquents de voir se développer à l’échelle d’un département, d’un Pays ou d’une intercommunalité un outil Internet mutualisé de type CMS (Content Management System ou Système de gestion de contenus) qui va permettre de générer et proposer aux collectivités ou aux structures publiques les plus nécessiteuses, en général les plus petites, un site Internet clef en main, respectant les standards les plus récents en matière d’Internet public.

 

Il s’agit de formidables initiatives, comme par exemple Webpublic40 dans les Landes à l’initiative de l’ALPI (http://www.webpublic40.org ), ou plus récemment UTOPIA dans le Tarn-et-Garonne et dans le Lot à l’initiative de leurs Centres de Gestion respectifs CDG82 et CDG46 (http://www.cdg82.fr  http://www.cdg46.fr ).

 

L’investissement de base pris en charge par la structure initiatrice est souvent aidé par des fonds publics régionaux et/ou européens, comme le Programme Régional d’Actions Innovatrices mis en place en Région Midi-Pyrénées au titre du développement de l’usage des nouvelles technologies dans les collectivités et de l’homogénéité des procédures notamment. La mutualisation de l’outil web permet ainsi de réduire considérablement le coût supporté par chaque collectivité bénéficiaire.

 

Une aubaine ! Un vrai site Internet de dernière génération, respectant les normes et les recommandations plutôt contraignantes de « l’accessibilité », de « l’Internet Public et Citoyen »… moi aussi, j’en veux pour ma commune, ne vous battez pas il y en aura pour tout le monde.

 

Oui, mais voilà ; le socle technique d’un outil Internet n’est pas le site Internet. Il s’agit maintenant de le remplir et de le faire vivre en produisant régulièrement de nouveaux contenus - informations de proximité, articles de fond, actualité et autres échanges et relations avec les internautes-administrés. Une méthodologie et un travail d’organisation interne s’imposent ; mais la collectivité en a-t-elle les compétences et est-elle en mesure d’y faire face ?

 

La préparation des premiers contenus, une tâche plus longue qu’il n’y paraît.

Cette étape en amont de la mise en ligne est régulièrement sous-évaluée par les collectivités. Si l’arborescence générale est déjà pensée, quid des contenus ? Quels agents ou élus sont en mesure de rédiger ces premiers articles ? Peut-on récupérer tout simplement des informations déjà produites pour une édition papier sans rien changer ? Sont-elles encore d’actualité ou faut-il les corriger ? De quelles illustrations dispose-t-on ?

 

Mises à jour et production de nouveaux contenus

La pertinence du site, son bon positionnement dans les moteurs de recherche, la fidélisation de ses internautes vont être déterminés par la capacité qu’aura la collectivité à l’alimenter de manière régulière en contenus nouveaux, à mettre à jour les informations diffusées, et à publier des articles d’actualité. Il s’agit de fluidifier une production régulière d’informations et d’articles nouveaux pour faire vivre le site ; il s’agit aussi d’organiser la participation de contributeurs extérieurs et au premier rang desquels les associations, d’autant plus que les outils de type Gestionnaires de contenus pour Internet (CMS) prévoient pour la plupart un système de production collaborative décentrée. L’animation d’une Lettre d’information, les échanges éventuels par mails et le suivi des demandes envoyées depuis le site vont encore se rajouter aux tâches incontournables auxquelles la collectivité n’est peut-être pas préparée.

 

Les règles à suivre

Organisation, réactivité, régularité, concision et pertinence sont les maîtres mots qui régissent la production de contenus pour le web.

Pour y parvenir, la règle d’or consiste à organiser le flux de production éditoriale du site Internet. Après avoir déterminé en amont une charte éditoriale qui distinguera les articles de fond, les informations pratiques, les articles d’actualité, et qui fixera pour chaque type de contenu un format, un découpage et un style, il s’agit de bâtir autour d’un responsable éditorial une équipe composée d’un webmestre principal et de rédacteurs-contributeurs dans les services pour les thématiques relevant de leurs compétences. Une phase de collecte d’illustrations, de relecture et de correction s’impose encore avant de pouvoir intégrer les contenus dans le site.

 

Selon le type d’informations un circuit de validation est fréquemment nécessaire ; comment l’organiser ? Cette fonctionnalité est-elle proposée via le socle technique ? Faut-il imaginer un système plus souple ? Quels peuvent être les facteurs bloquants ?

 

L’implication des agents des services dans la production de contenus est loin d’être automatique ; le site apparaît souvent à leurs yeux comme une tâche supplémentaire ; une de plus, voire une de trop parfois. Pour débloquer ces freins et faciliter leur participation une approche préalable spécifique est recommandée ; elle passera par une présentation du projet très en amont, leur participation à son élaboration, la valorisation du rôle de contributeur… approche longue et difficile souvent.

 

Quelle réalité dans les petites collectivités ?

De quelles compétences en matière éditoriale la collectivité dispose-telle ? Qui en interne pourrait montrer la marche à suivre ? Il n’y a pas souvent de chargé(e) de communication dans les petites collectivités. Qui pourrait alors légitimement prendre en charge et organiser la production de contenus ? Les moyens humains sont si réduits que même la répartition des tâches sera très difficile. Les règles habituelles sont bonnes pour les autres ; ici le système D et la polyvalence sont bien souvent la réalité.

 

Le rôle incombera bien souvent à une seule personne, motivée, impliquée de la première heure dans le projet de site Internet et sur les épaules fragiles de laquelle va reposer toute l’efficacité et la pérennité du site Internet.  Combien de chance y-a-t-il pour qu’elle dispose de l’expérience et des connaissances suffisantes pour y parvenir ?

 

Faut-il s’étonner alors de découvrir des sites aux informations figées, trop longues, mal rédigées ou obsolètes ? Faut-il jeter la pierre aux collectivités qui se sont enlisées faute de conseils dans des tâches plus complexes qu’elles n’y paraissent, trop lourdes pour les moyens dont elles disposent ?

 

Faut-il laisser les collectivités livrées à elles-mêmes ?

Le fossé est grand entre les règles observées et applicables dans les collectivités les plus grandes et la réalité des plus petites. Pourtant, la nécessité qu’elles disposent elles-aussi d’un site Internet efficace, participatif et pérenne n’est pas à remettre en cause et les initiatives prises sont louables.

 

Mais comment ne pas être surpris alors de constater que la livraison à la petite collectivité du plus merveilleux des outils techniques n’est que trop rarement accompagnée d’un volet complémentaire suffisant qui va permettre de guider, former et conseiller la collectivité pour l’aider à organiser et faciliter la production de contenus de qualité ? Quand cet accompagnement existe il se limite bien souvent à la structuration du site et à la détermination des contenus initiaux, voire à remplacer la collectivité pour intégrer à sa place de nouveaux contenus.

 

La réussite du déploiement des nouvelles technologies dans les territoires est sans doute dépendante d’un accompagnement significatif, en complément des actions menées en matière d’outils Internet, et financé largement pour permettre aux petites collectivités d’en bénéficier.

 

Sans cela, nous pourrions vite compter dans nos campagnes de belles carcasses vides, abandonnées en place publique.

 

(Auteur Bruno Séguier, paru le 10/04/09 sur www.secteurpublic.fr)