Projets Internet de collectivités : y-a-t-il un pilote dans l'avion ?

Sans mettre en doute les bonnes volontés des responsables de projets web au sein des petites et moyennes collectivités, on est toutefois en droit de se demander en analysant leurs sites web pourquoi sont-elles si nombreuses à ignorer tout le bénéfice qu'elles tireraient à s'appuyer en amont sur l'expertise et les conseils de professionnels pour préparer leur projet et en suivre la mise en œuvre.

 

Quand on analyse les sites web communaux ou intercommunaux pour des territoires de petite ou moyenne taille, il y a de quoi être étonné ! La moitié d'entre eux mériteraient d'être recalés par l'Artesi ou l'Ardesi, sans parler des associations de personnes handicapées : sites vitrines statiques, gadgets fonctionnels inutiles, information peu ou mal structurée, dimension transactionnelle inexistante, actualisation douteuse, non conformité aux normes légales...

 

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

La mise en œuvre d'un projet Web de collectivité est bien plus complexe que pour celui d'une entreprise du secteur privé : obligations légales à connaître, recommandations essentielles à suivre, technologies à respecter, handicaps à contourner, comportements spécifiques d'internautes à prendre en compte, missions publiques à déployer, téléprocédures à mettre en place... Faute de conseil de spécialistes indépendants en amont, tout reposera sur les compétences internes de la collectivité et sur celles, externes, de l'agence-web qui sera choisie. Mais sur quels critères aura-t-elle été sélectionnée ? La maquette était séduisante ? Le prix était le plus bas ? Peut-on réellement penser qu'il s'agisse là des vrais critères à prendre en compte ?

"Il existe des Cahiers des charges types" entend-on régulièrement ; certes, et ces documents sont d’ailleurs conçus pour éviter les erreurs,  mais encore faut-il être en mesure de savoir en analyser le sens et la portée, en décrypter les aspects techniques et fonctionnels, en mesurer l'incidence sur le budget pressenti, l’adapter aux besoins réels de la collectivité.

 

Alors quoi ?  Tout ça ne serait finalement qu'une question d'économie ?

"Pourquoi dépenser en AMOa alors que le budget est déjà serré pour réaliser le site...". Question légitime me direz-vous, mais là encore la collectivité réticente calcule mal :

Ce qu'elle pense économiser en refusant de se faire accompagner en amont risque fort de se traduire très vite en dépenses plus coûteuses encore pour la collectivité : coût global de réalisation supérieur aux besoins, inadaptation du projet, développements complémentaires pour non conformités, coûts récurrents non prévus, évolutivité impossible, technologie non éprouvée, insatisfaction des internautes...

 

Je ne jette pas la pierre à ces collectivités ; elles ont besoin d'être accompagnées mais elles ne le savent pas ou estiment ne pas en avoir les moyens.

La balle est sans doute dans le camp de ces organismes régionaux chargés notamment d’aider et de conseiller les collectivités dans leur déploiement des TIC mais, trop sûrs du bienfait de leur action générale, ils ressentent une curieuse frilosité à dire tout l'intérêt d'une AMO aux collectivités qui en ont le plus besoin.

La balle est aussi du côté des Cabinets de consultants spécialisés, et je sais de quoi je parle, qui n'ont d'autre choix que de se secouer au lieu de se lamenter et prendre, eux aussi, leur bâton de pèlerin pour défendre leur paroisse et parcourir nos vertes campagnes pour répandre la bonne parole aux collectivités qui pourraient s'égarer.